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Le fou et l'assassin - Intégrale tome 1 sur 3

Arnaud Mousnier-Lompré (Traducteur)
EAN : 9782290359297
800 pages
J'ai lu (25/08/2021)
4.57/5   141 notes
Résumé :
Tom Blaireau coule des jours paisibles en son manoir de Flétrybois. Mais cette façade respectable cache un passé trouble et violent, car Tom n'est autre que FitzChevalerie, bâtard de la lignée des Loinvoyants et jadis assassin royal. Un soir d'hiver, un messager se présente à lui avant de disparaître dans des circonstances sanglantes...Le présent recueil rassemble les deux premiers volumes du cycle : Le fou et l'assassin et La fille de l'assassin.
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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Avis à ceux qui sont tombés sur cette critique par hasard : elle contient des spoiler sur les tomes 1 à 13 de "L'Assassin Royal" (ou, en VO les deux trilogies "The Farseer" et "The Tawny Man" ) qu'il est préférable d'avoir lu avant d'entamer ce livre, ou vous risquez de rater pas mal de choses !

Que dire ? J'avais attendu ce livre avec impatience, tellement j'avais hâte de retrouver Fitz, le Fou et les Six-Duchés en général. En un certain sens, j'avais aussi peur : j'avais lu beaucoup de critiques qui disaient que l'histoire était extrêmement lente, voire qu'il ne se passait rien de tout le livre…
Alors, qu'en est-il ? Me direz-vous. Eh bien, il est vrai que l'action n'a certainement pas le rythme et la rapidité que l'on trouve dans la plupart des livres de ce genre aujourd'hui. Oui, l'histoire se met en place avec une certaine lenteur, mais si vous en êtes arrivés à lire ce livre, c'est que vous vous être probablement farci les deux autres trilogies sur Fitz –au moins- avant. Par conséquent, vous savez sans doute que le rythme des histoires de Robin Hobb n'est jamais rapide. Peut-être celui-la est-il un petit peu plus lent encore que les autres, mais ça, ça dépend du point de vue. Mais, comme d'habitude, elle compense le peu d'action par le développement de ses personnages, toujours si attachants, si humains (à tel point que je me suis retrouvée à leur parler, si, si !). Elle sème des indices, en apparence peu important, qui prennent toute leur signification plus tard. Même si, à première vue, on n'en voit pas l'utilité, chaque scène a sa place. Et, toujours, cette plume si délicate, qui parvient à rendre magnifique, réel, le moindre des détails, la plus secondaire des descriptions…
J'ai également retrouvé avec grand plaisir les introductions de chapitre, si familières maintenant, et qui font partie intégrante de l'histoire, à leur façon. Elles n'ont pas forcément de rapport avec le contenu du chapitre mais nous donnent des informations que Robin Hobb n'aurait probablement pas pu nous donner autrement : lettres et journaux datant du temps de Chevalerie (Oh, que l'une d'entre elles m'a fait mal au coeur !), missives qui n'ont jamais étés envoyées, petites choses quelconques en rapport avec la culture des Six-Duchés… Oh, introduction de chapitres, vous êtes à l'origine d'un bon tiers des débordements d'émotions que j'ai eu en lisant ce livre !

Oui, mais l'histoire en elle - même dans tout ça ? Je ne pourrais pas dire grand-chose sans vous spoiler, je vais donc y aller prudemment. Donc. Nous avions laissé Fitz à sa vie paisible (et bien méritée) avec Molly et Patience, à Flétribois. Sauf que les problèmes ne tardent guère à pointer le bout de leur nez sous la forme d'un mystérieux messager qui disparait, bien sûr, avant d'avoir donné son message et en ne laissant que quelques traces de sang. Aïe. Début des problèmes. Je ne m'étalerais pas là-dessus, pour vous laisser le plaisir de découvrir, mais sachez aussi qu'entre le tome précédent (« Adieux et retrouvailles » ou « Fool's fate » selon que vous les lisez en français ou en anglais), notre cher Fitz a pris 7 ans dans la tronche. Eh oui, c'est aussi ça que j'aime chez les personnages de Robin Hobb : ils vieillissent (mais n'en deviennent pas forcément plus sages pour autant- regardez Umbre, ou Fitz).
Autre point important, au bout d'un moment, un deuxième point de vue fait son apparition dans l'histoire. Je tairais son identité, pour raison de spoiler. Après avoir crié « Sacrilège !! Y'a un deuxième point de vue ! » (Oui, j'aime bien mes petites habitudes), j'ai fini par comprendre que lui aussi avait son intérêt. Il nous permet de voir l'histoire (et Fitz) sous un autre angle. Et ça apporte un peu de nouveauté.

Seul bémol : le temps que le Fou met à se pointer ! (non, ceci n'est pas un spoiler, il suffit d'avoir lu le titre pour s'en douter). Et l'humeur de Fitz, toujours aussi prompt à la morosité (et à la bêtise).

Bref, ce livre a été pour moi une tornade d'émotions aussi diverses que variées. Comme d'habitude…

Je rappelle que j'ai lu la version en anglais, celle en français sort vers le 29 octobre, je crois…
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Premier tome de la nouvelle trilogie « Fitz and the Fool », c'est avec plaisir qu'on retrouve l'univers et les personnages de l'Assassin Royal après tant d'années. Il s'agit ici de la suite des deux trilogies de l'Assassin Royal (Farseer Trilogy et Tawny Man Trilogy), et elle se passe après les événements des Aventuriers de la Mer et des Cités des Anciens. (Donc si vous souhaitez le lire, il est préférable d'avoir lu tout ça avant).

J'ai plutôt apprécié ma lecture, on retrouve le style de Robin Hobb avec plaisir : les personnages qu'on connaissait ont vieilli, d'autres font leur apparition (qu'on les aime ou qu'on les déteste), l'action se met assez lentement en place mais d'une manière efficace (comme toujours dans les séries de Robin Hobb). La fin est abasourdissante, tout s'enchaîne assez vite en une trentaine de pages et elle nous laisse totalement sur notre faim ! La suite s'annonce prometteuse, et je vais encore une fois mourir d'impatience en attendant la suite.

J'ai oublié de le préciser, mais il s'agit ici d'une critique du tome anglais (le tome français n'étant pas encore sorti). Je pense que la traduction arrivera bientôt , bien que séparée sûrement en plusieurs parties (merci Pygmalion, on t'aime tous).
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Une première intégrale qui m'a époustouflée et m'a donné envie de lire toute la saga : un énorme coup de coeur !

Pour vous y retrouver, cette sublime intégrale 1 réunit les deux premiers tomes du 3è cycle de la saga "L'Assassin Royal". Pour ceux qui n'auraient pas lu les deux précédents, comme moi pour l'instant, vous pouvez sans problème vous lancer dans cette lecture, elle sera tout autant addictive, la preuve.
N'ayez aucune crainte, vous ne serez pas perdus car les souvenirs et bribes des précédentes aventures du héros nous apportent les informations nécessaires pour nous y retrouver, cerner les personnages et nous imprégner d'eux. Ces minuscules rappels ont d'ailleurs aiguisé mon intérêt et à présent, je meurs d'envie de me plonger dans le passé de FitzChevalerie et de son ami le Fou.
L'écriture de l'auteure est d'un niveau exceptionnel qu'on retrouve peu en fantasy. Elle sait prendre son temps sans que l'on s'ennuie une seule seconde, sait instiller du suspense, éveiller l'intérêt du lecteur sans jamais le lasser, bien au contraire. Plus on lit, plus on tombe amoureux de cette histoire et de ses personnages.

Dans ce début de troisième cycle, on suit un Assassin Royal à la retraite qui, pour se faire oublier, vit à présent sous le nom de Tom Blaireau. Il profite d'une vie tranquille et rangée en compagnie de son amour de jeunesse, Molly, qu'il aime comme au premier jour. Mais son passé le rattrape lorsque des inconnus s'introduisent chez eux lors du bal de l'hiver et qu'une messagère se fait tuer sans avoir eu le temps de lui dévoiler le but de sa venue. C'est le début des ennuis et le danger qui s'invite dans son quotidien, avec la peur à tout instant pour sa famille. FitzChevalerie va alors devoir reprendre du service pour protéger sa descendance...

Qu'est-ce que j'ai aimé cette histoire et le personnage de FitzChevalerie Longvoyant, alias Tom Blaireau, cette sorte de magicien-assassin aux capacités particulières, notamment grâce à son Vif qui lui permet de réaliser des choses incroyables, dont celle de communiquer et ressentir les émotions des animaux et de passer par des portes interdimensionnelles !
L'homme a l'esprit vif, aiguisé par un entraînement dur reçu depuis sa plus tendre enfance. C'est un meurtrier hors pair que l'on n'a pas envie d'avoir comme ennemi. On sent la carapace du guerrier qui a dû se protéger pour survivre et qui au fond, cache un homme plein d'empathie avec un coeur tendre. Sa relation avec sa fille Abeille est magnifique, pleine de tendresse et de justesse. Cette minuscule enfant hors norme et comme sortie d'un conte, dès sa naissance, va transformer petit à petit le guerrier en profondeur. Leur relation, difficile au départ, va se renforcer au fil du temps et on ne peut que fondre devant cette interaction père-fille. Molly m'a également beaucoup émue, c'est d'ailleurs une grande force chez l'auteure de réussir ainsi à croquer des personnages que l'on a l'impression de connaître et à qui l'on s'attache aussi facilement.

La fin m'a laissé tremblante, hors d'haleine et pleine d'impatience de découvrir la suite et d'avoir les réponses à mes questions quant au Fou et au devenir d'Abeille notamment. C'est avec étonnement que je me suis rendu compte que j'avais tourné les pages de ce gros pavé sans m'en apercevoir et que je l'avais littéralement dévoré, tant l'histoire m'avait happée et passionnée.

Pour conclure : une intrigue intelligente, de l'émotion en pagaille et de nombreux rebondissements font de cette saga un incontournable. Je comprends mieux les louanges que j'entendais à son sujet depuis des années, elles sont plus que méritées. Vivement le prochain !
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Comme beaucoup de lecteurs Fantasy je suis passée par une grosse phase Robin Hobb. Je l'ai découverte à vingt ans et ses romans me rappellent toujours cette période incroyable entre guindailles, études et bouquins. Allez savoir pourquoi j'ai tardé à me lancer sur l'épilogue en 3 tomes de L'assassin royal : le Fou et l'Assassin. Chance pour moi, avec le temps les 6 tomes en VF ont été réunis en 3 intégrales qui respectent la partition de la VO (car oui en 2022 on charcute toujours les VO) ; c'est sous ce format de grosse briquasse que j'ai repris l'aventure "Fitz". J'avais vraiment hâte de retrouver la magie Hobb et de renouer avec ses personnages comme avec de vieux amis, mais sans y aller par quatre chemins ça a été un énorme flop. le Fou et l'Assassin est la suite fan-service de l'AR, et je ne comprends pas ce qui a poussé Robin Hobb à l'écrire.

Alors, prêts à plonger dans les eaux glacées de mon mécontentement ?

Fitz Chevalerie Loinvoyant est mort.
Tom Blaireau se la coule douce à Flétribois avec sa Dame Molly, sa fille Ortie et ses beaux-enfants. La vie au domaine est douce bien qu'il manque à Tom la présence de ses deux meilleurs amis. Ce n'est pourtant pas faute au Fou disparu d'essayer d'entrer en contact avec Tom, mais hélas la vie de dotaire a émoussé les sens de l'Assassin qui loupe systématiquement toute tentative de contact. Son instinct lui fait d'ailleurs encore défaut quand Molly donne naissance à une petite fille dans la surprise générale et dans des circonstances inhabituelles. L'étrangeté de la gamine est flagrante et Tom s'emploie (difficilement) à devenir un père aimant. Il lui faudra toutefois renouer avec son passé si il souhaite préserver sa fille des dangers qui rôdent en dehors et en dedans de Flétribois... et retrouver un ami depuis trop longtemps perdu.

J'ai essayé de vous faire un résumé consistant et sans spoil, mais rien qu'avec ces quelques lignes je vous ai grosso modo dévoilé la première longue moitié du bouquin. Je vous arrête tout de suite, je ne suis pas coupable ! (hé non) car on touche là au principal problème de cette suite : il ne se passe strictement rien ! La vie à Flétribois est ennuyeuse, les scènes inutiles se succèdent et tirent en longueur un roman qui aurait facilement pu faire la moitié de sa taille seulement. Des petits triggers intéressants popent à gauche à droite comme pour venir cravacher la vieille carcasse de ce livre monotone ; des traces de pas mystérieuses dans la neige, une messagère pourchassée et mourante, un rêve prémonitoire un peu dingue, mais rien de concret ne bouscule l'intrigue. Je suis familière de l'autrice et de ses histoires plutôt indolentes au démarrage, mais là vraiment c'est trop. Au lieu d'une nouvelle aventure dans les Six-Duchés pleine de vie et d'émotions, j'ai assisté aux disputes familiales Loinvoyant, aux commérages domestiques et à la paternité pathétique de Fitz. Vraiment pas ce pour quoi je m'étais lancée.

Les cinquante premières pages sont pourtant bourrées de promesses ! le récit commence super bien avec une invitée disparue en pleine réception d'hiver et dont on ne retrouve que des traces sanguinolentes. Fitz conte sa propre histoire au passé, avec le recul du narrateur qui sait où il a merdé (au moins peut-on lui décerner le prix de la lucidité). Dès le début on sait donc que le Fou est vivant et qu'il tente de se frayer un chemin jusqu'à Fitz, mais avec quel énervement on voit ce dernier royalement passer à côté de toutes les évidences ! Sérieusement, j'ai un jour apprécié ce héro ? Et parlons parentalité deux secondes : pour un gars qui s'est si longuement lamenté de son absence aux côté d'Ortie, je m'attendais à découvrir Fitz transformé par sa paternité nouvelle. Hé non, c'est un père claqué au sol ; appelez les services sociaux, please, il est même pas au courant qu'un enfant doit être habillé, nourri et lavé ~ hé bon, sans vouloir instrumentaliser la Fantasy et y caser de force des questions de société, ça aurait pu être sympa de dépeindre un père capable plutôt qu'un énième assisté sans esprit d'initiative hissé au rang de héros.

Les protagonistes que j'avais d'ailleurs grandement appréciés auparavant ont tous été décevants et/ou irritants. Je les ai trouvés figés dans les mêmes insupportables défauts qu'il y a dix ans, sans volonté de les faire évoluer. Fitz est toujours centré sur lui-même, plus occupé à broyer du noir qu'à prendre réellement soin de sa famille. Molly incarne la femme telle que je déteste la voir écrite, à porter son couple, sa famille et son domaine à bout de bras comme si c'était là sa juste place. La famille Loinvoyant est d'une fausseté odieuse, et la petite Abeille un reboot du jeune FitzChevalerie dans l'AR : une gamine taciturne et asociale aux capacités latentes. Mais de tous c'est Umbre qui m'a le plus insupportée : le papy sénile et espiègle ne trouve pas sa place dans cette histoire. Après dix années rangés bien au chaud d'un placard, les personnages de ce tome sentent tous la napthaline.

Et juste pour la pertinence, faudra aussi arrêter de légitimer les batârds Loinvoyants dans un Royaume où, par définition, ils ne devraient avoir le droit que de se faire oublier dans un coin de la Cour.

La conclusion n'est pas surprenante et le cliff-hanger très insuffisant (ou juste pas assez intéressant) pour me donner envie de poursuivre. J'ai lu beaucoup de livres : j'en ai adoré, j'en ai détesté, mais je crois que c'est la première fois que je regrette vraiment d'en avoir lu un. On ne m'enlèvera pas de la tête que les Six-Duchés se portaient mieux sans lui car ce livre a bousillé le souvenir que j'avais de cette histoire incroyable et de la fin parfaite de son treizième tome.
Lien : https://la-choupaille-lit.bl..
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En Résumé : Je ressors de ma lecture au final avec un sentiment légèrement mitigé avec l'impression d'avoir entre les mains un premier tome qui ne répond pas vraiment à mes attentes. Certes ça se laisse lire avec un minimum de plaisir, principalement grâce à la plume de l'auteur et aussi à la nostalgie de retrouver Fitz, mais voilà j'ai eu l'impression d'avoir entre les mains un tome d'introduction qui se limitait un peu trop aux simples scènes du quotidien de nos héros. Pour moi les deux premiers tiers aurait mérité d'être réduits ce qui aurait améliorer le rythme. Alors certes les soixante dernières pages lancent enfin l'intrigue de façon captivante et entrainante, happant facilement le lecteur, mais pas au point d'oublier les longueurs. L'univers se révèle toujours aussi solide, même s'il se concentre un peu trop sur les mêmes lieux ce que j'ai trouvé dommage. Concernant Fitz, il est toujours égal à lui-même, pas sûr que ceux qui le trouvait pleurnicheur dans les précédentes séries ne changent d'avis. Les protagonistes secondaires se révèlent en majorité intéressants. Au final un premier tome d'introduction qui a du mal à me convaincre totalement, mais dont je lirai la suite, pour en apprendre pus sur Fitz, pour le cliffangher de fin et aussi car Robin Hobb possède, on ne peut le nier, un véritable talent de conteuse.


Retrouvez ma chronique complète sur mon blog.
Lien : http://www.blog-o-livre.com/..
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
C'est étonnant comme la vie peut être beaucoup plus difficile à affronter que la mort.
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"PROLOGUE

Ma chère dame Fennis,

Nous sommes amies depuis trop longtemps pour que j'use de circonlocutions. Comme vous l'avez supposé avec tant de délicatesse, j'ai en effet reçu une nouvelle qui m'accable ; mon beau-fils, le prince Chevalerie, est un rustre, je le sais bien, et la confirmation publique vient d'en être donnée par la révélation de l'existence d'un petit bâtard qu'il a eu d'une putain des Montagnes.

Le scandale aurait pu être étouffé si son frère, le prince Vérité, doué de l'intelligence d'une pierre, avait pris des mesures rapides et fermes pour éliminer l'objet de la honte ; au lieu de cela, il a annoncé la chose sans aucune discrétion par un message expédié à mon époux.

Et que fait mon seigneur face à cette ignominie ? Eh bien, non seulement il exige qu'on amène le bâtard à Castelcerf, mais il accorde à Chevalerie le titre de Flétribois et l'envoie là-bas se faire oublier en compagnie de son épouse stérile et malgracieuse. Flétribois ! Une magnifique propriété que tous mes amis seraient ravis d'occuper, et il en fait cadeau à son fils pour avoir engendré un champi avec une roturière de l'étranger ! Et le roi Subtil ne voit rien de révoltant à ce que le petit Montagnard sauvage en question s'en vienne ici, au château de Castelcerf, au vu et au su de tous les membres de ma cour !

Enfin, ultime insulte faite à moi et à mon fils, il a décrété que le prince Vérité porterait désormais le titre de roi-servant et d'héritier présumé du trône. Quand Chevalerie a eu la décence, devant le scandale, de renoncer à ses prétentions à la couronne, je me suis secrètement réjouie, croyant que Royal serait aussitôt reconnu comme le prochain souverain ; certes, il est plus jeune que ses demi-frères, mais on ne peut contester qu'il est de meilleure lignée qu'eux et que son maintien est aussi noble que son nom.

En vérité, je suis anéantie, tout comme mon fils Royal. Quand j'ai sacrifié mon propre règne et tous mes titres pour devenir la reine de Subtil, il était évident pour moi que les enfants que je porterais seraient considérés comme d'un lignage bien supérieur à celui des deux gamins étourdis que sa précédente épouse lui avait donnés, et qu'ils monteraient sur le trône à sa suite. Mais reconnaît-il avoir commis une erreur en désignant Chevalerie comme son successeur ? Non : il se contente de l'écarter pour instaurer son balourd de cadet comme roi-servant. Vérité ! Vérité, avec la massivité, le mufle carré et la grâce d'un bœuf !

C'en est trop, ma chère ; je ne puis le supporter. Si ce n'était que de moi, je quitterais la cour, mais alors Royal se retrouverait sans personne pour le défendre.

Lettre de la reine Désir à dame Fennis de Labour

Enfant, je la détestais. Je me rappelle le jour où je découvris cette missive, inachevée et jamais envoyée ; à sa lecture, j'eus la confirmation que la reine, à laquelle je n'avais jamais été officiellement présenté, m'avait honni dès l'instant où elle avait appris mon existence. Je lui rendis aussitôt la pareille. Je ne demandai jamais à Umbre où il avait déniché cette lettre ; bâtard lui-même et demi-frère du roi Subtil, il avait toujours agi au mieux des intérêts du trône Loinvoyant, et ce sans la moindre hésitation. Peut-être avait-il volé ce brouillon dans le bureau de la reine Désir ; peut-être voulait-il donner l'impression que la reine refusait de répondre à dame Fennis et la dédaignait ? Est-ce important aujourd'hui ? Je l'ignore, car je ne sais pas quel résultat mon vieux mentor obtint par ce vol. Umbre servait son roi de façon implacable par l'assassinat, l'espionnage et la manipulation au château de Castelcerf, et il m'enseigna à l'imiter ; il me dit un jour qu'un bâtard royal n'est en sécurité dans une cour que tant qu'il reste utile – et, dans le cas d'Umbre, quasiment invisible. Des années, il passa le plus clair de son temps dans le dédale de couloirs et de passages secrets dissimulé dans les murs du château de Castelcerf. D'apparence, j'étais simplement un enfant né du mauvais côté des draps, à qui l'on tournait le dos ou que l'on insultait, et qui naviguait sur les eaux dangereuses de la politique du château ; mais le roi Subtil et moi-même savions que j'étais protégé par la main du souverain et de son assassin. Tant que je leur obéissais, je n'avais rien à craindre.

Pourtant, je me demande parfois si c'est par accident que j'ai trouvé la lettre de la reine Désir à dame Fennis ou si la révélation qu'elle m'a value avait été voulue par Umbre. C'était mon mentor à l'époque, et il m'enseignait les arts du métier d'assassin ; toutefois, il ne m'inculquait pas seulement la science des poisons, de la dague et du subterfuge, mais aussi ce que doit savoir un bâtard d'ascendance royale pour assurer sa survie. Cherchait-il à me mettre en garde, ou bien voulait-il m'apprendre à haïr afin d'assurer son emprise sur moi ? Même ces questions me viennent trop tard.

Au cours des années, j'ai vu la reine Désir sous bien des aspects. Elle a tout d'abord été l'horrible marâtre qui détestait mon père et me détestait plus encore, celle qui avait eu le pouvoir d'arracher la couronne à l'héritier désigné et de me condamner à une existence où même mon nom affichait ma bâtardise. Je me rappelle une époque où la seule éventualité qu'elle me vît m'emplissait de crainte.

Longtemps après mon arrivée à Castelcerf, mon père fut assassiné à Flétribois, et elle fut sans doute l'instigatrice de ce meurtre, sans qu'Umbre ni moi pussions rien y faire ni réclamer justice. Je me souviens de m'être demandé alors si le roi Subtil ne savait rien ou bien s'il se désintéressait de la question ; en tout cas, je compris avec une absolue certitude que, si la reine Désir souhaitait ma mort, elle pourrait l'obtenir ; dans ce cas, Umbre me protégerait-il ou bien s'inclinerait-il devant son devoir et laisserait-il le forfait s'accomplir ? Quelles questions pour un enfant !

Pour moi, Flétribois était une idée, un lieu âpre de bannissement et d'humiliation. Quand, enfant, je vivais à Castelcerf, on m'avait dit que c'était là que mon père était parti se cacher de la honte que j'incarnais ; il avait renoncé au trône et à la couronne, il s'était incliné devant la douleur et la colère de sa légitime épouse, Patience, il avait présenté ses excuses au roi et à la cour pour son manquement à la vertu et au discernement, et il avait fui le bâtard qu'il avait engendré.

Du coup, d'après les seules résidences que j'eusse connues jusque-là, j'imaginais la propriété comme une construction fortifiée au sommet d'une hauteur, semblable à la forteresse ceinte de palissades d'Œil-de-Lune, dans le royaume des Montagnes, ou aux murailles à pic du château de Castelcerf, perché sur ses falaises noires et sinistres qui dominaient la mer. Je voyais mon père, sombre et seul dans une salle de pierre glacée aux murs ornés d'oriflammes et d'armes anciennes ; je me représentais des champs pierreux qui donnaient sur des marais gris de brume.

Je devais découvrir plus tard que Flétribois était alors une demeure majestueuse, vaste et confortable, bâtie dans une large vallée fertile. Ses murs étaient, non de pierre, mais de chêne doré et d'érable aux teintes profondes, et, si le sol des salles était pavé de dalles plates tirées des rivières, les cloisons étaient en chaleureux panneaux de bois. Le doux soleil de la vallée agricole tombait en longues bandes sur le dallage par les hautes fenêtres étroites. L'allée qui menait à la porte d'entrée était large et bordée de grands bouleaux gracieux ; en automne, ils étendaient un tapis d'or sur la route, et, en hiver, chargés de neige, ils s'inclinaient sur elle pour former une tonnelle blanche lambrissée de trouées de ciel bleu.

Flétribois n'était pas une forteresse de bannissement ni d'exil, mais une retraite indulgente pour mon père et son épouse stérile. Je pense que mon grand-père aimait son fils autant que sa belle-mère l'abhorrait, et le roi Subtil l'avait envoyé dans cette lointaine propriété pour le protéger ; il avait échoué, mais ce n'était pas son intention. Flétribois devait être un refuge pour mon père.

Et, quand l'heure sonna pour moi de m'y rendre à mon tour avec celle que j'aimais, ses enfants pleins de vie et la femme qui avait toujours voulu être ma mère, la demeure devint pour nous pendant une période un havre de paix et de repos.

Le temps est un professeur cruel qui donne des leçons que nous apprenons beaucoup trop tard pour en avoir l'utilité ; je comprends certaines choses des années après qu'elles auraient pu me servir. Je repense aujourd'hui au « vieux » roi Subtil, et je le vois comme un homme aux prises avec une longue maladie débilitante qui le privait de son bien-être physique et de son acuité mentale ; pire encore, je vois la reine Désir telle qu'elle était : non comme une mégère acharnée à faire mon malheur, mais comme une mère pétrie d'un amour implacable pour son fils unique, résolue à n'accepter aucune offense à son encontre et prête à tout pour le mettre sur le trône.

Que n'aurais-je pas fait pour protéger ma petite fille ? Quel acte aurais-je jugé trop extrême ? Si je dis : « Je les aurais tous tués sans le moindre regret », cela fait-il de moi un monstre ?

Ou seulement un père ?

Mais ces questions, c'est rétrospectivement que je me les pose ; toutes ces leçons, je les ai apprises trop tard. Alors que j'étais encore jeune, je me sentais perclus de douleurs et de soupirs comme un vieux matelot tordu à force de manier la gaffe ; ah, quelle pitié je m'inspirais ! Comme je savais justifier les décisions irréfléchies que j'avais prises ! Et, quand vint le temps pour moi d'assumer le rôle du sage doyen de ma maisonnée, j'avais encore l'énergie d'un homme à peine mûr, j'étais encore soumis aux passions et aux instincts de mon corps, et je me reposais encore sur la vigueur de mon bras droit quand il eût été plus avisé de prendre le temps de la réflexion.

Des leçons apprises trop tard, des situations comprises a
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"Then, from the gleaming mists that surrounded us, there burst a wolf, all black and silver. He was covered in scars and death clung to him as water clings to a dog's coat after he has plunged through a river. My father was with him, and in him and around him, and never had I realized him as he was. He bled from dozens of unhealable wounds and yet at the core of him, life burned like molten gold in a furnace." - Bee Badgerlock's Dream Journal.
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When I was still a young man, I felt in my flesh like a bent old gaffer, full of pains and sighs. Oh, how I pitied myself, and justified every wild decision I had ever made! And then, when it came time for me to be wise elder of my household, I was trapped in the body of a man of middle years, still subject to those passions and impulses, still relying on the strength of my right arm when I would have been wiser to stop and employ my powers of reason.
Lessons learned too late. Insights discovered decades later.
And so much lost as a result.
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I loved that man as I have loved no one else. I do not say I loved him more than I love your mother. But that the way I loved him was different. But if you have heard there was anything improper in our bond, there was not. That was not what we were to one another. What we had went beyond that.
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